Chaussez vos lunettes, cet Evangile est plein de … visions ! Enfin, de mots qui ont affaire avec la vue (oui, oui, on écrit « affaire » dans le sens de « être en relation avec »). Et on a à faire (sic !) une chose : regarder, voir, percevoir.
Pour Jean, qui a vu Jésus en vrai, il n’est pas aisé de reconnaître en Lui le Messie, tout en étant présenté par les Evangélistes comme « le précurseur », celui qui, Le précédant sur la route de la Révélation, va le pointer littéralement du doigt, et même Lui envoyer ses disciples pour poursuivre la quête, la découverte, de cet Emmanuel, Dieu fait homme.
Et Jean ne s’y trompe pas : « [Jésus, c’est] l’homme qui vient derrière moi » ; et par deux fois, Jean avoue « ne pas Le connaître ». Le verbe utilisé est celui qui se traduit d’abord par voir avec les yeux, percevoir, et non pas celui parlant d’érudition, de savoir.
Et l’Evangéliste enchaîne les synonymes de voir : « voyant venir Jésus », « voici l’Agneau », « je ne voyais pas/je ne le connaissais pas » (deux fois dans la péricope), « pour qu’il soit manifesté », « j’ai vu l’Esprit » (deux fois également), avant de conclure : « Moi j’ai vu et je rends témoignage ». Si ce n’est pas clair, que c’est une question de vision avant tout – au vu du nombre d’allusions directes –, je ne sais pas ce que c’est !!
L’Evangéliste Jean dit que le baptiseur Jean est le premier témoin de Jésus sous son appellation d’« Agneau de Dieu qui enlève le péché » (notez le singulier) pour Israël, précise le texte. Ainsi, la notion, la construction de cette vision du monde pur-impur, légal-illégal, permis-interdit enchâssée dans la Loi juive, sont balayées de par Celui qui ôte la seule raison de maintenir ce status quo : le concept de « péché ». Si Jésus ôte le péché, c’est parce qu’en étant pleinement Fils d’Israël, Il prend sur Lui tout cet armement religio-légaliste et… le jette dans la géhenne (c’était le nom de la déchetterie en bas de la colline de Jérusalem) ; Il ouvre ainsi la porte de Son royaume, une nouvelle façon de cheminer vers Dieu en condensant la Loi, le Culte et les Prophètes en un seul commandement : aime Dieu, ton prochain comme toi-même…
Jean a usé de ce qu’il savait être compris par tous : l’eau lave des péchés, mais c’est sa parole qui témoigne du « nettoyage du péché » par l’action de Jésus qui vient « vers lui ». C’est cela, le pardon de Dieu : Jésus vient toujours vers celui ou celle qui témoigne, comme Jean – pas juste qui croit ou prie, mais témoigne, c’est-à-dire agit en paroles, en actes, en présences et en silences. Le témoignage fait advenir Jésus dans le monde, en quelque sorte…
Thierry Schelling
