Pour Matthieu, Jésus est le Nouveau Moïse : comme lui, Il guide son peuple vers la liberté, la « terre promise » de l’être-avec-Dieu-en-tout-temps.
Et donc, il est logique que Matthieu compose son entrée en matière quant à Jésus-Moïse, avec une reprise de la Torah et des Prophètes – en fait, du corpus de ce que l’on va appeler plus tard l’Ancien Testament ou la Bible hébraïque.
« Non pas diluer mais accomplir » la Loi, voilà le but de la venue de Jésus en Israël. Mais accomplir pas en copier-coller – le premier Moïse eût suffi, du coup ! – mais en «perfectisant » la Torah « jusqu’à ce que tout se réalise. »
La Résurrection du Christ n’est-elle pas le sommet du périple des Hébreux, avec leur roi crucifié qui, ressuscité, ouvre la puissance de Dieu son Père à l’univers entier – rappelons-nous la déchirure du rideau dans le Temple… Avec l’exil dû à la destruction de Jérusalem par les Romains en septembre 70, il a bien fallu rebondir, et ailleurs : dans le monde non-juif, mais avec la sagesse, l’ingéniosité et le message de base de l’Ecriture… incarnés par le vivre, le mourir et le ressusciter de Jésus-Christ, Messie inattendu mais bien authentique.
Et qui ne nous demande plus d’être « serviteurs » de Dieu, mais « amis », comme le dit bellement Saint Jean. Un serviteur qui sert ne fait que ce pourquoi il est prévu ; un ami qui sert, lui, sert par choix, par option, par amicalité – par amour.
Donc, il est bon de méditer sur le premier texte de la Loi, puis, grâce à Matthieu, d’entendre sa « perfectation » par Jésus : « Vous avez appris… mais moi je vous dis ». Et les trois relectures que Jésus fait de la Loi concernent le meurtre, l’adultère et la prise de serments.
Des faits où parole et acte sont intimement liés… et où l’instrumentalisation de l’autre est cruciale, dans les deux sens du terme – comme une croix qui fait souffrir, et essentiel. Avec un appel à la netteté du dire et du faire, une réévaluation des motivations conduisant à nos méfaits, et une remise à niveau : personne ne peut se servir d’un.e autre… tout au mieux le ou la servir. tout simplement.
Thierry Schelling
