On y est ! Le but de la vie, mort et résurrection de Jésus n’était-il pas que nous recevions l’Esprit saint ? Comme s’il avait fallu casser la bogue pour libérer l’effluve divine…
Mort, Jésus n’est donc plus attendu; déçus, les disciples se terrent dans leur désarroi, leur tristesse, leur peur.
Et c’est là où tout commence: « Jésus vint », dit sobrement Jean. « Et il était au milieu d’eux. » Suprême triomphe: mort, Il est vivant; anéanti, Il est debout; invisible, Il se tient au milieu d’eux… Le Dieu des contrastes assurément. Qui vient bousculer jusqu’au cœur de nos enfermements.
Ce qui fait que les disciples se « rebranchent » au Vivant, c’est de nouveau la parole de Jésus: « La paix soit avec vous! »
L’ultime désir du Créateur, dès les premières pages bibliques – création, Jardin d’Eden, etc. – c’est bien la paix: paix entre les animaux et les humains, paix entre tous les éléments de la création, paix entre les peuples, paix dans les cœurs et les corps. Et même après Noé, par l’arc, c’est bien encore et toujours la paix qui résulte du récit chaotique du Déluge. Et même Moïse conduit le peuple dans une terre pour y établir la paix… Et même Isaïe va rappeler que viendront les jours du Messie où le cobra et l’enfant joueront ensemble. La paix…
Une fois la parole prononcée, comme avant, Jésus y joint le geste, montrant ses cicatrices (donc, ce n’est pas que Thomas qui s’en servit pour croire !). Et les disciples sont « remplis de joie » parce qu’ils voient le Seigneur.
Voir dans toute cicatrice le parcours d’une combattante, d’un combattant et y discerner le potentiel de résilience vivifiante pour autrui, quitte à ce que le martyre, donc la mort, soit l’une des étapes, voilà qui est foncièrement chrétien. Amener dans la vie de l’autre la paix et, par ses gestes, montrer comment j’ai fait la paix avec Dieu et moi-même, est source de joie.
Mais attention: on ne reste pas là planté à contempler béatement le Ressuscité. Le Christ commissionne: « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Désormais, les Christ parcourant les Galilée et autres Samarie de notre monde, c’est nous ! Désormais, les porteuses et porteurs de la PAIX coûte que coûte littéralement, c’est nous! Désormais, les témoins montrant combien avec le Seigneur en son sein, en son centre, en son cœur, en son milieu de vie, l’on peut être heureux malgré tout, mort et blessures y comprises, c’est nous ! Désormais, nous avons la même capacité – puisque l’Esprit nous est donné – de lier et délier, de relier chaque être vivant les un.e.s avec les autres. Voilà notre mission: non pas combler les bancs d’église, mais partout où nous vivons, être tisserandes et tisserands de la paix…
Thierry Schelling
