« Il y a un temps pour tout », vous vous rappelez de ce texte fondamental de la sagesse biblique. Il m’inspire tellement de fois dans la vie courante, dans l’interaction avec mes contemporains.
Et je suis sûr que Jésus le méditait… notamment lorsqu’il conclut plusieurs de ses paraboles ou de ses harangues avec des « séparez-vous en! » Oui, Jésus est juste et bon, dans cet ordre-là. Et sa justice implique que parfois, après avoir tenté de concilier, expliquer, pardonner, en face, il ne rencontre qu’entêtement et fermeture. Et enjoint à passer à autre chose, voire à d’autres…
Ce texte de Matthieu annonce la fin d’un « royaume » et le début d’un autre; la fin d’un temps, et le début d’un autre; la fin d’une nation et le début d’une autre…
L’Israël biblique ayant failli, à cause de ses dirigeants – Jésus s’adresse ce dimanche « aux grands prêtres et aux anciens du peuple » –, Jésus annonce un nouveau lieu d’accueil de Sa parole, Son message, Sa personne: « une nation », dit-il, « ethnos » en grec qui, selon les exégètes, signifie dans le Nouveau Testament un « essaim de personnes » appelés les « païens » par ce même Israël… Les autres, celles et ceux d’en face, les étrangers à notre culture et religion, les déconsidérés selon la Torah, pire, les « a-thées » car ne croyant pas au seul vrai Dieu révélé dans la Première alliance, Yahve…
Incroyable, non ? Ce que l’homme a séparé, ostracisé, jugé, condamné, et a affirmé que c’était la décision de Son Dieu, voilà que Jésus annonce qu’ils et elles seront les récipiendaires du royaume de Dieu inauguré par Jésus et qui produiront des fruits…Qui l’eût cru ? Quoi de bon peut sortir de Nazareth, demande Nathanaël ? Lui, le grand Israélite par excellence, a aussi commencé par douter…de Dieu ? Que Jésus incarnait « son » Dieu, ça, oui. Mais il se convertit plus tard… Au contraire de ceux à qui Jésus reproche ce « même pas plus tard » !
Jésus a « mérité » la lapidation car Il annonce l’impensable: Dieu lui-même changera de camp, et la conséquence: Son Fils sera tué car « il vaut mieux qu’un homme périsse plutôt que tout le peuple » !
Or, la résurrection du Christ est la plus puissante vengeance de Dieu devant l’obstination des pieux – et la seule ! Mais pour l’accueillir vraiment, il faut bien quitter sa clôture…
Thierry Schelling
