L’Évangile a casa 208: Mt 22, 1-14

L’Évangile a casa 208: Mt 22, 1-14

Vers la lecture de l’évangile

« … un roi qui célébra les noces de son fils. » Le début de cette parabole est une autre façon pour dire que Christ ressuscité est « rentré » chez le Père (le paradis ?) ! Il a épousé l’humanité fragile qu’Il a renforcé de Son pouvoir d’amour éternel, immuable, tenace même devant le péché – puisque Christ a vaincu la mort !

Et c’est la fête ! A Cana – sur terre ! – comme au ciel. Comme si ici-bas se modelaient les contingences pour nous allécher quant à l’ambiance là-haut ! Or, cette parabole montre toute la dramaturgie de l’amour de Dieu… refusé !

Trois catégories de convives, le premier groupe: les « invités ». Le peuple que Dieu s’est choisi depuis Moïse jusqu’au grand prêtre Caïphe ! Qui, malheureusement, ont une « bonne » excuse: « mon champ, mon commerce » pour refuser. Excuse qui trahit en fait une non-volonté de venir… Même alléchés par le menu – bœufs et bêtes grasses sont prêts ! –, ils s’en vont, allant jusqu’à supprimer ces hérauts de la bonne nouvelle ! A n’y rien comprendre du côté de Dieu ! Leur entêtement a dû être bien ancré; leur ego bien gonflé; leur opacité intellectuelle bien inerte – car Jésus adresse cette parabole « aux grands prêtres et aux Pharisiens », c’est-à-dire à ceux qui avaient les codes pour interpréter le sens de l’invitation, la nature de l’amphitryon et la chance pour les hôtes ! Le roi est donc en colère et se venge: œil pour œil, dent pour dent !

Le deuxième groupe: « aux croisées des chemins », les serviteurs haranguent les cheminants sans distinction: « tous ceux que vous trouverez » ! La colère du roi s’est muée en générosité illimitée ! Ces nouveaux invités n’ont qu’une caractéristique: mauvais ou bons. Et le roi fait salle comble ! Son envie infinie de célébrer emplit le ciel tout comme parcourt la terre entière puisque les envoyés recrutent aux « frontières » (traduction du diexodos, croisée, traverse), hors bercail !

Les premiers comme les deuxièmes sont « appelés », mot qui donne « Eglise »; si ceux-là déclinent, ceux-ci s’inclinent et forment ce mélange de personnes différentes en origines, langues, cultures, statut social, pouvoir d’achat: le roi est heureux et « se venge » par la Pentecôte, une explosion œcuménique !

Le troisième groupe, ou plutôt le troisième homme, c’est l’invité au mauvais pardessus. Certes appelé « ami » ou plutôt « collègue » ou « compagnon » (hétairos en grec), il a fait un fashion faux pas, s’est trompé de dress code. C’est-à-dire: il aurait dû s’adapter aux noces royales, à l’ambiance de fête… faire un pas vers Celui qui l’avait invité, vers Son esprit infiniment ouvert envers l’autre. Il aurait dû montrer sa volonté de coopérer avec le roi et les autres… en changeant d’enveloppe, de mindset, d’état d’esprit !

Au contraire, il a voulu « rester lui-même », passer inaperçu ? Ou se démarquer par sa non-conformité à la nouvelle donne ? Et le roi est impitoyable: Raus ! Dehors ! Cela fait-il penser à des catégories contemporaines de croyant.e.s, de chrétien.ne.s, de catholiques ? Oui, beaucoup d’appelé.e.s, mais peu d’élu.e.s. En grec, il y a un jeu de mot entre klètos (appelé) et eklektos (élu).

Il ne suffit pas d’être membre de l’Eglise, il convient de se convertir à l’esprit qui la crée, l’anime et la justifie, appelé l’Esprit Saint… Car parfois, c’est post lucem, tenebras !

Thierry Schelling