Traquenard, flagornerie, perversité et hypocrisie… Cocktail des plus explosifs si l’en est, face à Jésus…qui ne se démonte pas. Mais qui, ayant déjoué leur plan dès le début – « pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve? » – garde la tête froide et leur joue non pas une entourloupe mais un face-à-face: face-à-face avec la monnaie, et le visage de César (en fait, ici, Tibère); face-à-face à leur manque de pragmatisme et leur recherche de byzantinerie; face-à-face à les uns les autres, disciples des Pharisiens et Hérodiens…
Jésus enseigne à ne pas mélanger les genres: César et Dieu, par exemple. Car si César n’est pas Dieu – au contraire de sa destinée post mortem… –, Dieu n’est pas César. La monnaie porte l’empreinte de l’empereur, et les premiers chrétiens ne vont pas adorer les divinités romaines ni leurs chefs une fois morts et divinisés.
L’effigie de Dieu par excellence, c’est bien l’être humain, « mâle et femelle », comme le rappelle la Genèse. Et non les potentats, les « hauts-du-panier », les têtes hiérarchiques de la société ou de la religion.
Par contre, dans leur tentative de tromper le Maître par leurs flatteries – on sent un peu les débutants –, ils listent de belles choses sur … Jésus: « Tu es toujours vrai »; « tu enseignes le chemin de Dieu en vérité »; « tu ne te laisses influencer par personne »; tu ne considères pas les gens selon l’apparence ». Des affirmations vraies de Dieu et de Jésus, donc. A méditer constamment. Même s’ils se sont tirés une balle dans le pied en reconnaissant que personne ne l’influençait et que l’apparence d’autrui n’avait pas d’importance. Oui, des débutants…
Mais à regarder de plus près, certaines de ces affirmations ne sont pas tout à fait justes: Jésus s’est laissé influencer par une mère syro-phénicienne qui lui rappelait qu’elle se nourrissait des miettes tombées de la table…tant que sa fille pouvait guérir ! Jésus s’est laissé émouvoir par les foules « sans berger », affamées de pain et d’orientation vitale et leur multiplia les denrées à disposition. Jésus tressaillit de joie à la vue de la « chute de Satan » et des fruits récoltés par ses envoyés. Etc.
Ces flatteurs de seconde classe auraient pu influencer, ou du moins influer, sur la réponse de Jésus s’ils avaient fait preuve de sincérité intellectuelle, théologique et concrète… Oui, « Jésus ne se laisse influencer par personne de faux ! »
Quant à ne pas considérer l’apparence des gens, certes, Jésus a grandi hors de son cocon culturel et cultuel grâce aux « étrangers » de son temps: envoyant Ses disciples « d’abord vers les perdus d’Israël » (Matthieu), Il ouvrira le champ de la mission à tous « les païens » (Luc), ayant laissé tomber préjugés et poncifs ethnocentriques. Et de nouveau, l’apparence de certains l’a (é)mu: lépreux, enfants, veuves, paralysés, étrangers, etc.; en d’autres termes, les rejetés de son clan – et l’époque voulait que l’habillement marquât les différences ! – L’ont attiré. Il les considéra sincèrement.
Leçon à retenir: derrière tout encensement hypocrite, il peut y avoir une once de vérité…fumeuse ? A nous de distinguer avec la mesurette de l’Evangile…
Thierry Schelling
