Vers la lecture ded l’évangile
Pas la parabole la plus « sexy »: ces vierges à moitié folles à moitié sages, piaffant d’impatience de rencontrer l’époux… Un harem de concubines pour un salace prélat ? Ou, plus pudique, une scène dont on retrouve la trame avec Cendrillon et sa chaussure perdue ?
Le « nœud de la guerre » semble être cette huile d’olive: qui en a et qui n’en a pas. Non pour un raout de salade-party mais bien pour alimenter sa lampe à l’arrivée de l’époux dans la nuit. Mais pour nous aujourd’hui qui sous nos latitudes ne nous promenons plus avec des lampes à la main (sauf à Halloween??) mais profitons de l’électricité, à quoi bon ? La lampe, dit le psalmiste, est la parole de Dieu: l’huile serait ce qui l’alimente… la foi ?
Ou plutôt la prudence avec laquelle les cinq « sages » ont agi: prévoyant l’arrivée de l’époux, elles s’équipent raisonnablement: un flacon d’huile. Et efficacement quand arrive le moment de se préparer ainsi que leurs lampes. Une attitude opposée aux insouciantes qui attendent passivement, sans y avoir mis du leur ni préparé plus que le strict nécessaire mais…c’est pas assez ! Une lampe sans huile ne sert à rien. Et ce n’est plus le moment de compter sur les autres: la foi est aussi une affaire personnelle !!
Et croire entraine des corolaires: la foi sans les œuvres ? Le cœur sans l’esprit ? Les mains sans le cerveau ? On peut trouver des parallèles plus ou moins intéressants pour donner corps à ce que l’Evangéliste résume d’un « Veillez! » Pas juste « Croyez! » mais « Croyez et veillez ! »
Veiller, c’est rester attentive, attentif. Attendre activement, les trois sens (à l’époque, on ne listait que trois sens, pas cinq) aux aguets. Patienter aussi, mais confiant.e d’avoir préparé ce qu’il faudra le moment venu. Continuer à croire malgré le retard de l’époux, son « non-respect » de l’horaire (mais en Dieu, pas de notion de temps !). Attendre contre toute attente…
Et comme tous les grands événements de la vie de Jésus, de la naissance à la résurrection, c’est « au milieu de la nuit » que la venue de l’époux s’opère. Et c’est un cri qui marque l’arrivée: comme celle du poupon sorti de la matrice de Marie; comme le déchirant « Eloi, Eloi, lama sabachtani » sur la croix « au cœur des ténèbres » car Matthieu décrit le chaos qui précède ce cri, « il y eut des ténèbres sur toute la terre de midi à trois heures »… Et dans cette parabole, à nouveau un cri au milieu de la nuit pour annoncer l’arrivée de l’époux. Ainsi, naissance, mort et résurrection sont schématiser pareillement (en tous les cas chez Matthieu).
Et si ce « retour du Christ », ces « derniers temps », cette seconde venue ne seraient pas des expressions diverses pour dire la résurrection dans ma vie ? Si j’accueille le Christ vivant dans mon récit de vie, n’est-ce pas le faire « venir à nouveau » et « venir nouveau » dans ma trame biographique pour faire la fête – les noces, l’époux… ?
D’ailleurs, cette parabole parle du « Royaume de Dieu », et non de la fin des temps; ce Royaume, l’autre mot pour dire Présence du Christ par Son Esprit au milieu de ce monde. Soyons prévoyant.es aujourd’hui pour L’accueillir demain…
Thierry Schelling
