L’Évangile a casa 183: Mt 3, 13-17

L’Évangile a casa 183: Mt 3, 13-17

Vers la lecture de l’évangile

« Alors paraît Jésus… ». Première occurrence de Jésus adulte après les 2 premiers chapitres de Matthieu servant à planter le décor théologique de cette « parution » de Jésus.

Et le but de cette « parution », c’est d’être baptisé par Jean. Qui explicite le sens de son baptême : « pour la repentance des péchés ». Donc, Jésus viendrait-il, lui aussi, comme les Saducéens et les Pharisiens (deux groupes de Judéens importants, celui-là en charge de la liturgie du Temple et celui-ci, et de l’application de la Torah) « pour confesser ses péchés » ? Jésus, pécheur ? Jésus pêcheur, certes, mais pécheur…

On lit aussi que ce qui motive la venue de tant de personnes, c’est la peur de la colère de Dieu. Jésus aurait-il peur de Dieu, Son Père ?

Or, dans un premier temps, Jean refuse de Le baptiser parce qu’il a en tête – et en voix ! – ces deux critères : repentance et peur. Mais Jésus lui change le regard : c’est juste qu’il en soit ainsi, que Jésus soit apparenté aux pécheurs de tout acabit qui ruisselle vers le Jourdain pour être lavés de leurs péchés, qui plus est quand on est de la classe sociale supérieure comme les Saducéens et les Pharisiens. « C’est justice », ou, comme le dit Matthieu, « il est évident pour nous que toute justice soit accomplie » en baptisant Jésus avec ces critères-là.

Parce que Jésus fait ciller l’angle de vue, toujours. Il déplace le curseur de termes tels que repentance, péchés, confession, etc., vers ce que Dieu prend à Son compte dans la démarche des quêteurs de pureté : vous voulez être justes, eh bien moi, dit Dieu, qui suis le seul juste juge, je vous plonge dans ma vision des choses. Saurez-vous la prendre et l’apprendre ?

Et pour ce faire, mieux, pour ce vivre, Jean doit mourir ! De fait, le récit continue : « donc il [Jean] le laissa dire ou faire, le quitta, s’en alla, le renvoya (comme dans un divorce) ». Le verbe a plusieurs définitions : celle évoquant le divorce est intéressante, car avec Jésus, la personne qui lit l’Evangile doit « divorcer », « quitter », « laisser aller », voire « renvoyer » la Torah (symbolisée par la présence des Pharisiens) et la liturgie du Temple (par les Saducéens) pour s’ouvrir « au ciel » d’où vient une autre voix – plus celle de Jean, désormais éteinte –, mais celle de Dieu lui-même désignant le Baptisé comme « Son Fils bien-aimé en qui je prends plaisir. » Lequel Fils, au long des pages de Mathieu, se révère Torah et Temple… et Il incarne le plaisir de Dieu !

Ainsi, on quitte la morale de la peur et on entre dans le règne du … plaisir, qui est notamment, par le verbe grec utilisé (eudokéso), synonyme de « bien penser ». Le plaisir, là, n’est pas érotique mais « noétique » ; il se rapporte à l’art de bien penser, de bien discerner… pour une Bonne Année !

Thierry Schelling