Tout disciple du Christ risque deux écueils, deux « ratés » : la fadeur et la fausse modestie !
Le sel dénaturé qui a perdu de sa saveur est inutile ; la lumière allumée, certes, mais cachée, est bien vaine. De même, le témoin du Christ qui n’alimente plus sa foi au « poivré » de la Parole de Dieu et/ou fait tout le bien du monde sans bruit, en cachette, en catimini…
On peut entendre la première mise en garde de Jésus : comme le sel, si nous perdons de notre saveur, évidemment, devenus insipides, sans goût, il est clair que l’on va nous déconsidérer (nous jeter dehors). Ce qui sous-entend que nous devrions être, en toute circonstance et dans toutes les circonstances, des personnes qui donnons du goût à la vie: par l’humour, le caractère réfléchi de notre foi – le croire adulte – et la pertinence, voire l’impertinence, de nos propos et attitudes, à l’image de celles du Christ – l’impertinent pertinent par excellence ! Et par notre liberté des codes et des convenances environnantes par trop partielles et partiales…
A trop cloisonner notre foi, et son vécu, à l’heure de la messe ou du culte dominicaux, ou d’un temps de prière personnelle – fondamentaux pour ce qu’ils sont –, nous pourrions nous interroger : dans notre quotidien, travail, famille, loisirs, combien de fois saupoudrons-nous les conversations et les actes de notre référence à notre foi, à l’Evangile, au modèle du Christ ? Combien de fois osons-nous dire : Eh bien pour moi, comme chrétien.ne, je pense ceci, je pense cela ; je ferais ceci, je ferais cela, ou je m’abstiens de dire ou faire, etc. ? Oui, combien de fois par semaine ?
Quant à la lumière, nous sommes pétris de fausse modestie depuis des siècles et nous nous en accommodons trop bien : Non, non, surtout pas moi ! Non, non, que cela ne se sache pas ! Non, non, je préfère rester anonyme dans mon don conséquent, et ce jusqu’à mes obsèques « dans la stricte intimité » ! Dommage…
Car en contraste, l’humain crève de ne pas être reconnu par ses pairs, quémandant gratitude et mercis de leur part, faisant parfois beaucoup pour obtenir (peu de) satisfaction des autres, et ainsi pouvoir se pâmer dans leur regard approbateur…
Oui, combien de fois agissons-nous pour briller… du faux feu par toutes sortes de subterfuges, quitte à se trahir, à trahir nos convictions, notre foi, l’Evangile… Oui, je l’affirme : nous avons besoin de convertir ce désir d’être acquiescé.e.s – qui n’est pas mauvais en soi car moteur de notre agir – en réordonnant ce qui est à montrer de lumineux chez nous – générosité, sagacité, patience, bonté etc. – parce qu’à l’image du Christ, ou inspiré par Son Esprit et/ou Son Evangile, parce que vraiment « juste et bon » – au contraire de nos mesquineries puériles de jeu de rôles !
La vraie modestie, c’est celle qui dit et fait le vrai en reconnaissant la source ! La vraie saveur de la vie, c’est celle qui consiste à garder le plus de cohérence possible entre le croire et le faire ! Son contraire s’appelle, avec un mot biblique, l’hypocrisie !
Thierry Schelling
