L’Évangile a casa 190: Jn 4, 5-42

L’Évangile a casa 190: Jn 4, 5-42

Vers la lecture de l’évangile

Une des plus belles pages de l’Evangile : un homme et une femme, et ce n’est pas du Lelouch !

Un homme, Jésus ; une femme, une Samaritaine sans nom. Près d’un puits. Un nouvel Eden, un écho à peine déguisé des deux récits de la Création en Genèse 1 et 2. Comme si Jean voulait tisser une nouvelle histoire en commençant par le commencement… un homme et une femme. Qui vont, comme Adam et Eve, se trouver nus mais pas de la manière attendue : ils vont découvrir leur interdépendance et leur désir de liberté !

En effet, Jean appose Juifs et Samaritains, hommes et femmes, deux croyances, deux ethnies, deux narratifs de leur Histoire, deux visions du monde… Et c’est un puits profond qui les assemble, sur la margelle duquel ils s’appuient tous les deux. Comme pour dire : quel est le fondement de ton être ? Où puises-tu ta vie ? A quelle source bois-tu pour devenir ?

Jésus, lui, se révèle d’abord humain : « fatigué », « assis » et assoiffé. Il se repose, comme le Créateur se reposa jadis après les jours de création… Et Jésus entame le dialogue en avouant sa soif. Celle-là même que la Samaritaine va lui dévoiler au cours du dialogue : soif de vérité, soif de clarté, soif d’être appréciée à sa juste valeur… La rencontre de deux soifs. Fascinant échange interreligieux, tant il est vrai que Juifs et Samaritains – qui se détestent ! – sont deux façons de pratiquer le culte au Dieu unique.

Dans leurs mots s’entremêlent vie privée et vie publique : la connaissance de Jésus de tout ce qui se trame dans le cœur de cette « puisante » non épuisée lui permet d’établir la confiance pour parler vie pseudo-matrimoniale, mais aussi théologie (adoration, Gerizim ou Jérusalem, Messie, Christ…) ; où se mélangent aussi le risque de la rencontre d’un homme et d’une femme, seuls, dans un coin isolé et qui sont surpris par l’œil goguenard des disciples revenant du marché… Le qu’en-dira-t-on n’est jamais bien loin dans le contexte « Eglise », non ?

La Samaritaine, elle – tout comme Jésus – ne s’embarrasse pas des sous-entendus de ces apôtres, et bondit, missionnaire, vers chez les siens qui crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme ».

Ah, que serait le christianisme sans la parole, pardon, les paroles des femmes : à aucune d’entre elles, Jésus ne demanda « de ne rien dire » ! Au contraire : sa confiance est, semble-t-il, acquise auprès d’elles, plus que pour ses disciples mâles lents à croire…

Thierry Schelling