La parabole du Bon Berger est adressée aux… Pharisiens, précise Jean. Et pour cause : ces fins connaisseurs de la Torah, ces redoutables jongleurs avec la volonté de Dieu, ces implacables « répondeurs automatiques » face aux questions de la vie courante, sont visés par Jésus à cause de leur rigorisme, légalisme, rigidité – à cause de l’automatisme de leur vécu religieux produit par un enfermement dans la doctrine. Plus d’espace pour le déconcertant qui s’appelle Esprit Saint…
C’est bien ce qui a agacé Jésus tout au long de son ministère : Oui, Dieu veut nous guider, nous inspirer, mais pas comme des marionnettes ou des androïdes. Il nous a créés libres et désire une réponse libre de notre part, une fois éclairée par sa parole, mieux, par son Fils lui-même…
« Je suis la porte », répète Jésus par deux fois. Car c’est plus crédible si on répète que tout ce que nous vivons, peut se relire au crible de sa personne, de sa parole, de sa vie… Nous lisons ce texte après Pâques, mort et résurrection. Ne laissons pas le parfum de la Résurrection s’évaporer trop vite pour ne rien changer dans notre foi, notre espérance, notre charité. Dans notre pratique et croyance, en somme.
A quoi dois-je mourir ? A quoi puis-je renaître ? Un Pharisien se loge toujours chez chacune et chacun d’entre nous lorsque je demeure imperméable à autre chose que ce que je dis, crois, professe, juge, jauge… par confort.
Le Christ, à dire qu’il est LA porte, est gonflé ! Pire, ceux le précédant sont « voleurs et bandits »… Si ce n’est pas frontal, ça ! Et pourtant, c’est parfois le prix de la conversion : affronter nos résistances, nos certitudes, nos assurances en matière de « volonté de Dieu », et se rendre compte qu’elles méritent une vérification – littéralement, faire vrai – au tamis de l’Evangile : le shabbat est fait pour l’humain, et pas l’inverse. La casuistique est bien plus réaliste et expressive d’une foi en chemin qu’une summa prétendument exhaustive.
Car Jésus commande avec autorité, celle de la Torah tournée tête bêche pour ainsi dire, en appelant « par son nom » et non en collant une étiquette, en ouvrant la porte pour laisser entrer et non en poinçonnant un ticket valable, en les faisant « sortir », mieux, en lui permettant d’entrer et de sortir, et nonen les gardant au chaud dans leurs stalles – suprême liberté, non ?
Car désormais, le Christ ne s’obéit que par amitié franche et vraie – ce qui est synonyme du don que le « berger » nous fait : que nous ayons la vie en abondance !
Thierry Schelling
