L’Évangile a casa 199: Jn 6, 51-58

L’Évangile a casa 199: Jn 6, 51-58

L’Evangile de la fête « du Très Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ » – très longue appellation réduite par les fidèles en « Fête-Dieu » ! – nous fait entrer dans les derniers discours de Jésus selon Jean, où Il décline le « Je suis » de la Première alliance – le nom de Dieu, en somme – par une série de métaphores: lumière, vigne, berger. Et là, le pain vivant.

On ne peut pas séparer ces allégories de l’histoire du Peuple des Hébreux lors des années d’errance au désert et dont les aléas sont narrés dans l’Ancien Testament.

Le pain vivant, c’est un écho à la manne, dont le mot ne veut rien dire si ce n’est « c’est quoi », man hou ? en hébreu, qui a donné manne en français. Devant l’inédit de l’événement – recevoir ce « c’est quoi? » en plein désert –, le peuple s’est réjoui. Loin de chercher à comprendre, ils ont accueilli. Avec mesure puisque découvert que chaque jour, Dieu la leur envoyait. Signe de sa sollicitude envers les souffrant.e.s, de sa maternelle attention pour ses enfants, de son paternel secours aux affamés.

Ce « c’est quoi? » est un effet de Sa parole efficace, qui émane de Sa promesse d’être au côté de Son peuple en chemin, qui resserre les mailles de Son patient tissage d’une alliance avec les siens libérés et migrants. Donc, ce « c’est quoi? » est le fruit de la Parole de Dieu. C’est parce qu’il y a Parole qu’il y a manne. Dans cette ordre-là.

Quand Jésus dit « Je suis le pain vivant descendu du ciel », Il se fait « manne », Il devient « c’est quoi? ». Or, les Juifs qui ne comprennent pas que ce n’est pas du cannibalisme mais une allégorie, font bien de rejeter leur simplisme. Car sans le lien au Christ Ressuscité et présent en nous par l’Esprit, on risque ce même simplisme proche du fétichisme: l’hostie consacrée vue comme un gris-gris, un talisman, un charme…

Le pain rompu et le vin partagé sont le signe du don de la présence de Dieu pour tou.te.s grâce à la Parole – l’Evangile – qui a précédé leur consécration sur l’autel. Tous deux découlent de la force de cette Parole de Vie qui, comme le bon pain, rassasie simplement, peut parfois nous faire nous étrangler, ou dont quelques miettes nous font tousser, mais ultimement nous alimente prioritairement.

Dès lors, la juste compréhension de « Je suis le pain de vie » est « Je suis la Parole, essentielle comme le pain, qui nourrit ta vie terrestre » et dont l’eucharistie est l’expression résultante, eucharistie ou action de grâce déclinée dans le service du pauvre et l’étude d’un texte biblique tout autant que la liturgie… Car qui communie est appelé à devenir ce qu’elle ou il reçoit, Parole de Dieu faite chair, se déployant en service de l’autre (la diaconie) et au besoin d’approfondir la Parole de Dieu (formation continue): le but de la messe, c’est l’après-messe !

Thierry Schelling