L’Évangile a casa 203: Mt 18, 15-20

L’Évangile a casa 203: Mt 18, 15-20

Vers la lecture de l’évangile

Quel dommage que cette péricope ait été tronquée de sa fin ! En effet, après le magnifique « Je suis au milieu d’eux », Pierre demande alors à Jésus: « Combien de fois devrai-je pardonner ? Et Jésus de répondre: « Pas sept fois, mais septante fois sept fois ! » On est quand même dans le thème, non ? Regrettable séquençage…

Attention: le pardon, c’est trop facile… quand on court vers un prêtre pour lister un peu machinalement des erreurs (et non des péchés théologiquement parlant), ou rabâcher les mêmes défauts persistants, ou au contraire, qu’on lui raconte sa vie (ou celle des voisins) sans confesser de péché.

Alors que le pardon dans la bouche de Jésus, c’est difficile ! Du coup, comme l’amour de l’ennemi, Jésus le thématise. Et l’incarnera.

Et d’expliquer la graduation des choses: par trois fois, il dit « si », comme s’il fallait s’y prendre à plusieurs reprises, parfois. Par trois fois – connaissant tellement bien l’humain ! –, il décrit les réactions possibles: écouter, refuser, refuser encore (s’entêter). Et le jugement final est clair: « considère-le comme un païen et un publicain! »

Puis il rappelle que nous avons dans nos mains la capacité de faire du lien ou pas, de lier ou délier… avant de rappeler que LUI est au milieu de nous. Et Pierre challenge Jésus: pardonner jusqu’à sept fois ? ce qui sous-entend: toujours… Et Jésus de renchérir: Non, septante fois sept fois, soit 490 fois ! Ou, pour le dire autrement, à chaque fois que c’est possible ! Et non pas toujours automatiquement !

Oui, à chaque fois que nous le pourrons, nous sommes invités à pardonner… Tout aussi dur que le « aime ton ennemi ». Mais on touche aux bases de la foi chrétienne, religion d’amour et de relation, où la rancune et l’inimitié déstabilisent grandement l’humain, sa relation aux autres et à Dieu – et quelque part, à soi.

Il y aura des fois où je ne peux pas pardonner; des personnes que je ne peux pas pardonner. Eh bien, « je suis au milieu de vous », répète Jésus: inviter Sa présence, Son esprit, à prendre soin de l’autre dont je ne peux pas prendre soin – voire, à prendre soin de mon ombre dont je ne sais alléger l’enténèbrement…

Et il y aura des fois où je peux pardonner: alors je dois essayer ! Je dois faire du lien, c’est dans mes capacités. Si je peux, je dois. Principe de la solidarité active, non ?

Et il y aura des personnes à qui je peux pardonner, ou demander pardon: alors je dois essayer ! Je dois refaire du lien, c’est dans mes capacités. Si je peux, je dois. Principe de l’amour du prochain jusqu’à son ennemi. Et c’est l’assurance d’être « au milieu de nous » qui peut donner courage, force, intuition, envie, de le faire…

Thierry Schelling