L’Évangile a casa 204: Mt 18, 21-35

L’Évangile a casa 204: Mt 18, 21-35

Vers la lecture de l’évangile

Tiens, on retrouve notre accroche de dimanche passé, tronquée au passage précédent et qui inaugure l’Evangile d’aujourd’hui: « Pierre demanda combien de fois il fallait pardonner »…

Le génie de Dieu – on le voit en contemplant Jésus – est de ne pas répondre uniquement, comme à un quizz qui va forcément aller vers l’étroitesse au fur et à mesure que les questions – et les réponses – vont s’affiner, ou s’effiler.

Mais l’évangéliste offre – car j’aime à voir les paraboles comme des cadeaux – une parabole. Une histoire qui va nous porter sur un autre champ que celui purement calculateur (dans le cas de la question mathématique de Pierre: combien de fois).

Elle nous fait sortir de notre zone de confort: à question claire, réponse claire, et nous balade dans un entre-deux où nous avons le droit de cheminer pour mieux comprendre. Du moins est-ce le dessein du narrateur, le but de Dieu.

« Pardonner du fond du cœur ». Tout un programme… Impossible dans les cas-limites, même si, dans le fait d’être victime, il n’y a pas de « petites » et « grandes » victimes: il y a juste des personnes offensées, abusées, maltraitées. Et qui souffrent.

Et on serait enclin à penser que je doive pardonner à quiconque m’aura fait du mal pour que Dieu me pardonne, craignant donc Sa colère, Sa rancœur, Sa rancune, Son jugement…

Mais c’est l’inverse: cette parabole m’apprend que « Dieu va me traiter », comme on pourrait le dire d’un produit qu’on traite, dont on modifie la substance pour l’améliorer, ou d’une plaie pour la soigner… Dieu va donc panser de toute façon ! Il ne va pas enfoncer, péjorer mon état si délabré soit-il, ou ignorer que je suis victime… Jamais. Je peux me fier à Lui sans autre, courir à Lui comme le fils cadet le fit ! Sans même préparer de speech de repentir. Goûter à Sa miséricorde devrait nous faire éclater de joie à en pleurer des larmes de bonheur !

Mais… Dieu nous a rendus responsables les un.e.s les autres: ce que vous déliez ou liez ici-bas le sera au ciel etc. Il y a une incidence directe, même si graduelle, sur ma relation avec autrui: « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé. »

N’est-il pas trop facile de courir se confesser à Dieu, expérimentant toujours Son pardon infini, et ne pas vouloir tout autant courir vers ma sœur, mon frère qui – comme le disait l’Evangile de dimanche dernier – a commis un péché contre toi ? La force ne vient pas que nous allons réussir finalement à pardonner l’autre; la force vient de notre fréquentation d’un Dieu amour avec un grand A, miséricorde infinie, cascade de bienveillance, torrent de bienfaisance, toujours et en tout lieu – et dont rien ne saurait nous séparer ! – qui va déteindre sur nous. Graduellement.

Pour, à mon tour, déposer ma rancœur, ma rancune, mon aigreur à Ses pieds, une fois que j’aurai « repris » mon frère ou ma sœur, seul.e ou à deux ou à plusieurs (confer l’Evangile de dimanche dernier !!) en lui signifiant clairement sa faute ! Et si mon « bourreau » ne se repent pas? Alors le traiter comme un « païen et un collecteur d’impôt » !

On n’ose pas aller jusqu’au bout de la pensée de Dieu, celle de Matthieu 18:17, reprise dans la parabole de ce dimanche : Le maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait ! Notre Dieu miséricordieux est d’abord « juste » puis « bon »…

Thierry Schelling