Dieu – comme révélé par Jésus-Christ – ne fonctionne pas comme nous ! Mais…des fois…on aimerait bien !!!
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas les vôtres », nous rappelle Isaïe dans la 1e lecture. Et Matthieu de conclure: « Les premiers seront derniers, et les derniers premiers ! » Et tac !
La justice de Dieu ne se mesure ni ne se comprend à l’aune du calcul humain d’être juste ou faux. En effet, notre justice civile a calculé des peines en fonction de la gravité des méfaits. Et on trouve cela juste, même si, parfois, on trouve que ce n’est pas assez pour le condamné coupable… D’aucun.e.s regrettent même la peine de mort. N’empêche, cette justice-là a équilibré les sociétés humaines pour permettre la convivence. Et puis la formule « œil pour œil, dent pour dent » en a inspiré plus d’un quant à la notion de proportionnalité: faire payer autant qu’on a lésé…
Sauf qu’avec Dieu, cela ne se passe pas ainsi: les Ecritures nous dévoilent, à partir des faits, gestes et paroles de Jésus, un autre Dieu que celui forgé par des siècles de dure construction de son identité en tant qu’Israélite: en effet, exilé, minoritaire, errant, les Israélites ont combattu pour leur coin de terre et leur colline de Sion, entourés de super-puissances comme la Perse ou l’Egypte des Pharaons. A la mort des héros du peuple en martyrs, la question de leur récompense au ciel a fait chemin dans le corpus biblique pour y distiller l’idée – bien humaine – de proportionnalité: ce qu’ils avaient sacrifié ici-bas leur serait rendu au-delà en pareil, si ce n’est en plus grande proportion…
Et Jésus naquit: un homme à cent pour cent qui a grandi dans cette atmosphère identitaire et religieuse, et qui s’est rebellé contre cette notion d’un Dieu rétributif – pour révéler ou rappeler que Dieu est égalitariste et… libre.
En effet, Dieu traite chaque être humain (voire être vivant, des minéraux aux animaux) selon une absolue égalité: aucun mérite attaché à certains et pas à d’autres; aucun privilège, prérogative, préséance des uns vis-à-vis des autres. Non. Car Dieu est parfaitement libre de et dans son agir: Dieu aime librement, Dieu sauve librement, Dieu appelle librement, Dieu pardonne librement, Dieu est liberté. Et c’est ça, Sa justice. Cet absolu devrait nous attirer, nous inspirer, nous contaminer tout en nous dérageant, en nous libérant de nos calculs affectivo-opportunistes, de nos attentes égocentriques, de nos altruismes faussés, de nos blancs-seings envers autrui. Pour devenir vraiment frère et sœur parce qu’à l’écoute de la Parole du Christ; pour devenir véritablement co-responsable du bonheur de l’autre en le libérant à notre tour une fois que nous nous serons allégés de nos poutres oculaires; en souhaitant foncièrement le bonheur de l’autre indépendamment du mien puisque ma connivence avec le Christ me suffit (Paul dit dans la 2e lecture: Pour moi, vivre, c’est le Christ!). En toute liberté vis-à-vis de l’autre qui ne s’achète pas. Voilà un comportement digne de l’Evangile du Christ…
Thierry Schelling
